Michèle


(Extraits de l'intronisation du 4ème Chapitre des Conscrits, le 18ème jour du 2ème mois de l'an de grâce 2001.)



Femme vigneronne,
Femme patronne,
Femme mirlitone...
Femme matrone dirait certaines mauvaises langues!

Et pourtant, qu'un seul ici ce soir ose s'opposer à l'honneur que nous fait Michèle de se présenter devant le Grand Conseil, qu'il essaie de faire le malin et il serait frappé des foudres de la Confrérie, tremblante du poignet, régurgitations violentes de bile vinasseuse, soubresauts intestinaux nauséabonds et autres supplices dont le Grand Maître, expert es matière, pourra vous faire démonstration un peu plus tard dans la soirée.

Femme vigneronne disais-je, vaillante à la tâche, bravant les saisons, lacérant ses fins mollets dans chardons et chiendents négligemment laissés par un ouvrier agricole du dimanche, traquant le mildiou malgré sa patte folle, héritée d'un genou poltron qui avait déposé les armes. Tous nous l'avons vue, courbée dans les vignes, balançant langoureusement, sous nos yeux écarquillés, ses cinq, ses cinq doigts pour nous souhaiter la bienvenue dans son pays, accueillante, de ce savoir vivre paysan qui a toujours une place à sa table, une betterave dans la musette pour le promeneur égaré.

Femme mirlitone aussi, parée de son grand tablier, armée de ses grands couteaux, elle virevolte de la table au fourneaux et déclame tel Cyrano :
La volaille après la saucisse,
Où vais je te larder, dindon ?...
Dans le flanc, sous l'aile, la cuisse ?...
Au navets, fourrée aux marrons ?...
Les casseroles tintent, ding-don !
Il faut touiller, vite une louche !
Décidément...c'est au bedon,
Qu'à la fin de l'envoi elle couche...elle touche nos coeurs des saveurs simples et profondes de ses blanquettes, pot eau feu et autres gigots !

Mais a-t-on tout dit si l'on ne parle pas de la femme de Pépone dont je ne peux donner le véritable patronyme mais que tout le monde reconnaîtra ?
Pépone...vous savez ce trapu moustachu, aux idées fortes et fortement exposées, briguant l'écharpe tricolore du village pour le bien du Peuple, des pauvres et de Diversey.

Le sacrement de leur union fut un peu une profession de foi, elle enfila la robe de bure au toucher comparable à la moustache charnue du vigoureux Pépone, acceptant la mission de ramener le mouton blanc dans la bergerie.
Beaucoup donnaient la bête perdue mais c'était sans compter sur la Mère Michèle et à force de prières aux lardons et aux champignons, après plusieurs pièces de vin de messe, de mémorable sonnage de cloches, l'animal fut dompté.
Félicitations Michèle, tu es la seule à y être parvenue, que Dieu te présèrve !

En l'honneur donc de ces raisins que tu bichonnes, de ce vin que tu partages, de cet amour que tu distilles,
Et en vertu des pouvoirs que nous nous sommes conférés, nous te faisons Mère Beaujolais Supérieur de la Confrérie du Ban Beaujolais.

Nous te remettons ce diplôme n° 6 de notre histoire et l'objet culte de notre ordre que nous te demandons de conserver avec soin et de porter à chacun des chapitres auquel tu pourras assister.

Avant de retourner à tes fourneaux et conformément aux règlement de notre ordre, nous te demandons de faire battre par l'assemblée rassemblée à tes pieds un Ban Beaujolais. Et tu peux te faire aider pour cette mission délicate par le moustachu grisonnant qui te sert de mari.